SVF I.463–481
La vie de Cléanthe
Ce que nous savons de Cléanthe d'Assos provient de témoignages antiques ultérieurs — avant tout Diogène Laërce, livre 7, complété par l'Index des stoïciens d'Herculanum, fragmentaire, Strabon, Sénèque, Quintilien et Lucien —, réunis comme fragments 463–481 des Stoicorum Veterum Fragmenta. Cette Vita présente ces témoignages en un récit continu, tout en préservant la distinction entre preuve historique, rapport antique et tradition anecdotique. Chaque section est ancrée dans ses sources.
Origines : d'Assos à Athènes
Cléanthe venait d'Assos en Troade ; Diogène Laërce nomme son père Phanias et rapporte, sur l'autorité des Successions d'Antisthène, qu'il fut d'abord boxeur. Il arriva à Athènes — avec seulement quatre drachmes, disaient certains —, s'attacha à Zénon et 'philosopha très noblement, restant fidèle aux mêmes doctrines'. Strabon confirme indépendamment l'origine d'Assos. L'Index d'Herculanum date sa naissance de l'archontat d'Aristophane (331/0 av. J.-C.) — la seule date quasi documentaire de la tradition.
Phreantlès — le Puiseur d'eau
Étant très pauvre, Cléanthe se louait : la nuit il puisait de l'eau dans les jardins, le jour il s'exerçait à l'argumentation — d'où le surnom de Phreantlès. Convoqué devant l'Aréopage pour expliquer comment un homme si vigoureux gagnait sa vie, il produisit comme témoins le jardinier pour qui il puisait l'eau et la marchande de farine dont il moulait l'orge ; le tribunal, impressionné, lui vota dix mines, que Zénon lui interdit d'accepter. Sénèque et Quintilien racontent l'histoire indépendamment — preuve que l'Antiquité liait fermement travail manuel et philosophie en sa personne.
Caractère : lent, moqué, inébranlable
La tradition est unanime : Cléanthe était laborieux mais lent — 'appliqué, mais peu doué pour la science de la nature et excessivement lent', dit Diogène, citant les vers moqueurs de Timon sur la 'pierre émoussée d'Assos'. Moqué par ses condisciples et appelé 'l'âne', il accepta ce nom : lui seul pouvait porter la charge de Zénon ; trop pauvre pour le papyrus, il aurait écrit les leçons de Zénon sur des tessons et des omoplates de bœuf. Quand Ariston l'entendit se réprimander lui-même, il répondit qu'il grondait 'un vieillard aux cheveux gris et sans esprit'. Le portrait est anecdotique — et remarquablement cohérent.
Successeur de Zénon — trente-deux ans à la tête du Portique
À la mort de Zénon, bien que l'école comptât beaucoup d'élèves distingués, ce fut Cléanthe qui lui succéda. Diogène le rapporte simplement ; Strabon le répète comme un fait notoire : 'le philosophe stoïcien qui reprit l'école de Zénon et la laissa à Chrysippe de Soles.' L'Index d'Herculanum ajoute qu'il dirigea l'école trente-deux ans. Sa fidélité doctrinale était proverbiale — il 'resta fidèle aux mêmes doctrines' —, mais la tradition lui attribue aussi des précisions, avant tout de la définition de la fin de la vie.
Écrits — et la voix conservée
Diogène note que Cléanthe 'laissa de très beaux livres' et les énumère : Sur le temps, deux livres Sur la physique de Zénon, quatre livres d'Interprétations d'Héraclite, Sur la perception, Sur l'art, des traités contre Démocrite, Aristarque et Hérillos, deux livres Sur l'impulsion, Sur les dieux, et bien d'autres — un catalogue d'environ cinquante titres. Aucun ne survit en entier. Mais, fait unique parmi les premiers stoïciens, sa propre voix soutenue demeure : Stobée cite l'Hymne à Zeus intégralement, et Épictète clôt le Manuel par sa prière de quatre vers à Zeus et au Destin.
Vieillesse et mort
Les sources divergent sur son âge : la tradition de Diogène donne quatre-vingts ans (dont dix-neuf comme élève de Zénon), Lucien quatre-vingt-dix-neuf. La mort elle-même est racontée comme une scène de constance délibérée : sa gencive (ou, dans d'autres versions, une excroissance à la lèvre ou à la langue) s'enflamma, les médecins ordonnèrent deux jours de jeûne ; quand il se rétablit et qu'ils lui permirent son régime habituel, il refusa — 'la plus grande partie du chemin est déjà parcourue' — et poursuivit son abstinence jusqu'à la fin, mourant, disaient certains, de la même manière que Zénon. La mise en scène est typique des récits de mort des philosophes ; son historicité ne peut être établie.